Lettre n°8

Editorial du Cri du PIAF n°8

Didier Grange, Président du comité directeur du PIAF

TUTTI FRUTTI…

Genève, le 15 octobre 2013

Tout le monde connaît la glace –ou d’autres desserts- comprenant des morceaux de fruits, baptisée tutti frutti. En cette fin de période estivale, alors que je cherchais à saisir en une image la diversité des travaux en cours, c’est le concept de tutti frutti qui m’est venu spontanément à l’esprit. Il correspond bien à ce qu’est le PIAF : un ensemble de mini-projets de diverse nature, une mosaïque d’éléments qui se complètent les uns les autres, des ingrédients qui, une fois mélangés, composent un plat, pour revenir à l’allégorie culinaire…

Mais qu’avons-nous fait ce printemps et une partie de cet été ? Nous avons avancé en parallèle sur différents axes :

1) Premièrement, comme toujours, différents modules du volet « Se Former » sont en chantier. Je n’entrerai pas ici dans les détails : il se passe plein de choses. Mais relevons en particulier la mise en ligne imminente du travail réalisé par Cynthia Couture pour le module consacré à la « gestion et traitement des archives courantes et intermédiaires » (module 5).

La gestion du volet « Se Former » représente un sacré défi. Les mises à jour, modifications, vérifications, contacts, échanges et mises en ligne sont permanents. Un grand merci à Marcel Caya qui consacre, depuis de nombreuses années temps, savoir et énergie à ce volet fondamental du Portail.

2) Le PIAF a collaboré avec le secteur de la formation scientifique et technique de la Direction générale des patrimoines et le Service Interministériel des Archives de France dans le cadre de l’édition 2013 du Stage Technique International des Archives (STIA), organisé à Paris au printemps de cette année. L’idée était que les stagiaires puissent bénéficier du contenu des modules du volet « Se Former », mais aussi des possibilités offertes par l’espace e-pro. Caroline Becker et Ibrahima Lo, ainsi qu’Anne-Marie Bruleaux et Elisabeth Gautier-Desvaux, membres du Comité de pilotage du Portail, ont participé de près à cette édition du STIA. Cet automne, un bilan sera tiré de cette expérience. Bien sûr, des ajustements seront nécessaires, mais nous nous réjouissons de poursuivre la collaboration entamée et de pouvoir participer à l’édition 2014 du Stage.

3) L’espace e-pro gagne en vigueur. La communauté grandit et se renforce. Plus de 700 personnes y sont maintenant inscrites. De nombreux participant-e-s au Stage Technique International des Archives, qui vient d’être mentionné, contribuent à cet espace. Des forums thématiques ont vu le jour. Les instruments mis à disposition sont de plus en plus utilisés. Des archivistes mettent en ligne des portefeuilles permettant de faire connaître leur formation, leur parcours, leur profil et leurs réalisations. La marge de progression de cet espace demeure cependant importante. Aux professionnel-le-s comme aux personnes intéressé-e-s de s’engager plus et de s’approprier cet espace.

4) Un travail de fond est en cours sur la Bibliographie francophone (volet « Se Documenter »). Nous recherchons un nouvel outil informatique, nous trions et épurons la base de données, nous la complétons également afin de la mettre à jour. Vu la masse d’information, ce travail prend du temps, mais nous espérons bien pouvoir terminer cette révision avant la fin de cette année encore. Rappelons, qu’à notre connaissance, nous sommes la seule tradition archivistique à pouvoir compter sur une bibliographie de ce type, de surcroît en ligne et accessible à tout un chacun.

5) Nous poursuivons nos explorations en matière de certification. Le sujet est mis régulièrement à l’ordre du jour de nos séances depuis de nombreuses années, sans que nous répondions jusqu’à présent aux attentes de manière satisfaisante. Il faut dire que le sujet est complexe. De nouvelles pistes sont apparues récemment. Un petit groupe se penche sur celles-ci et fera rapport au Comité de pilotage du PIAF au mois de janvier prochain. Espérons que cette fois, nous disposerons d’éléments concrets à partager avec celles et ceux qui nous suivent et en particulier avec les personnes directement concernées par ce thème.

6) Après Dakar en 2009 et Hanoï 2011, c’est Port-au-Prince qui devrait recevoir la Semaine internationale des archives francophones (plus connue sous l’acronyme de SIAF). Cette « SIAF3 » devrait se tenir au mois de décembre dans la capitale haïtienne. Nous collaborons à l’élaboration du programme et, dans une moindre mesure, à l’organisation de cet événement.

7) Finalement, les réflexions sur la refonte du PIAF, évoquée dans mon précédent message, se poursuivent. Définition des objectifs, simplification technologique, adaptations pour les tablettes et téléphones mobiles, redistribution du contenu, ajouts et suppressions possibles, aspects graphiques, gestion du projet et financement font l’objet de discussions. La réunion du Comité de pilotage qui se tiendra à Paris au mois de janvier prochain tournera principalement autour de ce thème.

Comme on le voit, les projets, travaux et débats sont nombreux et le spectre des sujets touchés est large… Et l’image du tutti frutti de me revenir à l’esprit !

Bon automne à toutes et à tous.

Dernières nouvelles du PIAF…

PIAF/STIA (Stage Technique International d'Archives) : une collaboration très fructueuse.

L’expérience de notre collaboration avec les équipes du Stage Technique International d’Archives  (STIA), du 2 avril au 3 mai 2013, fut fructueuse et constructive !
Comme annoncé dans notre précédent numéro, le PIAF a, pour la première fois, servi de fil conducteur au STIA.
Cette collaboration a pris trois formes : les intervenants et les collègues stagiaires ont utilisé les contenus pédagogiques du Portail pour asseoir des bases de connaissances communes ; nous avons mis à disposition  de tous notre outil de travail collaboratif et de réseau social (E Pro) ; deux membres de notre équipe, Monsieur Ibrahima Lo secondé par Madame Caroline Becker, ont accompagné le stage quotidiennement du premier au dernier jour.

Si le PIAF, en définitive, a été peu utilisé par les intervenants durant leurs présentations, il a permis aux collègues stagiaires qui le souhaitaient de revoir leurs connaissances en matière d’archivistique avant le début du stage. La mise en avant du Portail auprès des participants a été l’occasion pour certains d’entre eux d’une découverte ! Le STIA a donc contribué à la promotion de notre site ! Nous veillerons l’année prochaine à favoriser une meilleure utilisation de nos ressources pédagogiques en travaillant en amont avec les différents conférenciers. Un Journal de bord du STIA a été rédigé au jour le jour par les collègues stagiaires du STIA et publié sur la page d’accueil du PIAF. Il a permis à nos internautes de suivre les différentes activités du stage.

Présentation du PIAF au STIA 2013Présentation du PIAF au STIA 2013

Les formateurs, les collègues stagiaires et les organisateurs du STIA ont été formés au maniement de E Pro. Plusieurs groupes de travail, constitués des tous les participants, ont été créés, ce qui a beaucoup favorisé la communication avant, pendant et après le stage entre les membres. Grâce à E Pro, les conférenciers ont pu élaborer des exercices avec les collègues stagiaires, publier en accès libre toutes leurs présentations et échanger le soir avec les collègues stagiaires sur des points d’approfondissement ou des points peu abordés au cours de la journée. E Pro a donc grandement favorisé le travail, la concentration, la communication et la cohésion du groupe.

Formation à l'utilisation de E Pro 

Formation à l'utilisation de E Pro

Enfin la participation de deux membres de notre équipe PIAF au STIA nous a été très précieuse ! Entrer en contact avec des utilisateurs du Portail est toujours pour nous d’un très grand intérêt. Cela nous permet de constater la diversité des usages qui sont faits du PIAF et de mesurer les attentes de nos utilisateurs, quels que soient leur parcours, leur niveau et leur degré d’implication dans la communauté archivistique francophone. Un de nos principaux objectifs reste bien sûr de toujours mieux répondre aux demandes de ces derniers ! Et pour ce faire, rien ne peut remplacer la rencontre et la discussion !

Evidemment, ces rencontres sont aussi source de grande émotion pour nous car elles nous permettent de voir se créer, s’exprimer et se renforcer sous nos yeux les liens de cette communauté d’archivistes francophones que nous cherchons tant à fédérer ! 

 Les stagiaires du STIA 2013 ont choisi d’élire à l’issue des cinq semaines un délégué de leur promotion : Monsieur Tidiany Karambe (Mali). Les groupes de travail créés sur E Pro ainsi que l’intégralité des présentations restent à leur disposition, de même que les forums de discussions qu’ils ont mis en place au sein de leurs groupes.
Certains d’entre eux ont eu la gentillesse de nous envoyer des témoignages de leur expérience et de leur utilisation du Portail au STIA.

 La promotion STIA 2013 autour de Monsieur Lemoine

Témoignages des participants au STIA 2013

Les formateurs

Madame Claire SIBILLE de GRIMOUARD, responsable du Bureau des traitements et de la Conservation : Ministère de la Culture et de la Communication/Direction générale des patrimoines/Service interministériel des Archives de France.
« Devant coordonner le module 3 "Traitement des archives" du STIA 2013, j'ai été amenée à me servir de l'espace e-professionnel du PIAF avant, pendant et après le stage. Pour moi, le bilan est très positif. J'ai pu m'approprier assez facilement l'outil, créer mon propre espace de travail, y déposer la documentation et les exercices au fur-et-à-mesure des séances de travail et répondre presque en instantané aux demandes des participants au stage, désireux d'approfondir tel ou tel point après le module. Surtout, E-pro a permis aux stagiaires de s'impliquer activement dans le STIA en déposant leurs propres documents de travail et comptes rendus. »

Monsieur André GAREAU, directeur du service des archives et de la gestion des documents à l’Université de Québec à Montréal (Canada). Responsable du Module 2 du STIA.
« L’objectif du STIA 2013 de mettre le PIAF au cœur de son contenu a représenté un défi important pour l’organisation du module Gestion des documents. Quelques mois après la fin du stage 2013, je n’ai toutefois aucune hésitation à affirmer que l’utilisation des ressources du PIAF et, particulièrement, de l’espace professionnel du portail, a permis à tous les stagiaires de s’appuyer sur une base de connaissances communes (trois chapitres des cours du PIAF) et de faciliter grandement les interactions entre tous les participants : invitation des intervenants du module à utiliser les ressources du portail et à faire des liens avec les cours du PIAF, inscription sur E-pro, enregistrement d’un profil, création du groupe Module 02 – Gestion des documents, invitation des stagiaires à joindre le groupe, diffusion des lectures à réaliser avant le stage, diffusion d’une question quotidienne aux stagiaires en lien avec les activités du module (à laquelle ceux-ci pouvaient répondre dans la soirée et cela constituait une base de discussion pour l’ouverture de la journée suivante), diffusion en ligne de mes présentations PowerPoint ainsi que de la documentation de référence complémentaire, etc. En conclusion, l’utilisation d’E-Pro en soutien aux activités du STIA est à mon avis une excellente idée, car il s’agit d’un outil très apprécié qui facilite et stimule les échanges entre tous les intervenants avant, pendant et après le stage. »

Les collègues stagiaires

Monsieur Christian DROLET, archiviste à Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
« J’ai eu la chance de faire partie de l’édition 2013 du STIA, édition qui se caractérisait pour la première fois par l’utilisation du volet « Formation » du Portail international archivistique francophone (PIAF) ainsi que de son espace E-PRO. Cet espace d’échanges m’a d’ailleurs permis de communiquer efficacement et rapidement avec les collègues, les formateurs ainsi que les responsables de l’organisation du STIA 2013 avant, pendant et après le stage. Cet outil informatique s’est avéré très convivial et facile d’utilisation. Longue vie au STIA ainsi qu’au site Web du PIAF et de son espace E-PRO ! »

Monsieur Youssouf DAGNO,  Direction Nationale des Archives du Mali.
« Je viens par ce message témoigner sur le PIAF. Son espace E-Pro nous a permis au cours du STIA 2013 d'échanger, de discuter , de travailler en groupes sur des thèmes relatifs à l'archivistique. C'est un outil privilégié qui favorise le développement du travail collaboratif entre professionnels des Archives.
Cordialement ! »

Monsieur Ibrahim AMOUREN, chef de la Division Régionale des Archives d’Agadez, Secrétariat Général du gouvernement du Niger.
« Personnellement j'ai utilisé le PIAF ou l'ai connu avant le STIA 2013 à l'occasion d'une recherche de bourse en archivistique. J'ai fait une recherche sur les archives de France au niveau du sous menu Coopération Internationale. Dans le texte, il y a l'adresse du site en surbrillance et j'ai cliqué dessus. Et, c'est là que j'ai découvert, pour la première fois le PIAF. Je suis rentré dans le menu « se former » et j'ai pu télécharger une importante documentation sur l'archivistique.
Pendant le STIA 2013, nous avons travaillé sur les modules de formation et sur E-pro, après avoir appris avec vous comment créer ses pages, les partager avec les autres amis, les poster, les forums...
Après la formation, je me suis approprié cet outil pour envoyer des messages aux amis du STIA 2013 et à tous les "piafnautes".

Cet outil de communication, je le trouve révolutionnaire. » 

Regard vers une institution membre de l’AIAF…

Les Archives du Maroc

« Un pays sans mémoire est un pays condamné à une mort certaine. » (J.Baida)

Façade des locaux actuels des Archives du MarocFaçade des locaux actuels des Archives du Maroc

30 novembre 2007, coup de théâtre dans le paysage du patrimoine mondial : le Royaume du Maroc, jusque là quasiment dépourvu de législation en matière de conservation et de gestion d’ archives, se dote de la loi 69/99. Ce texte fondateur vient poser les jalons de la future institution nationale Archives du Maroc.

« Il s’agissait pour cette instance de créer non seulement une institution ayant pour prérogative de sauvegarder le patrimoine archivistique national à des fins administratives, scientifiques, sociales et culturelles, mais encore de veiller à la bonne gestion des archives courantes et intermédiaires comme pilier d’un Etat moderne engagé dans le processus démocratique. » (J.Baida)

Cette loi a maintenant six ans. Comment la situation a-t-elle évolué ? Nous nous sommes appuyés, pour rédiger cet article, sur la collaboration de Monsieur J.Baida, Directeur d’Archives du Maroc, et vous proposons dans ce neuvième numéro du Cri du PIAF de prendre connaissance des avancées de ce « projet titanesque » et des défis qui sont encore à relever !

Quelles lois pour quelles archives ?

Opérons un rapide retour en arrière pour mieux comprendre le caractère révolutionnaire de cette nouvelle loi et des décrets qui sont en préparation.
Avant la promulgation de la loi 69/99, le dernier texte officiel régissant les archives remontait à 1926. Cette loi stipulait que les documents d’archives de plus de dix ans devaient être déposés à la Bibliothèque générale. Le système fonctionne assez bien jusqu’au début des années 1960, date à laquelle, faute de place à la Bibliothèque générale, chaque administration est chargée de gérer ses propres documents. Si les départements des Finances et de la Justice, à titre d’exemple,  s’adonnent à un tri, un classement et une conservation satisfaisants, il n’en est rien dans la plupart des autres administrations qui réservent souvent à leurs archives un sort peu enviable… « Celles-ci sont le plus souvent à l’abandon dans des cartons, pèle mêle, dans des sous sols ou des garages, quand elles n’ont pas été détruites. » (J.Baida)

Pour remédier à cet état de faits catastrophique, l’Instance Equité et Réconciliation (IER) recommande un travail de préservation de la mémoire collective et soumet au Roi du Maroc, dans son rapport final,  l’idée d’une loi sur les archives. Elle est promulguée le 30 novembre 2007 (consulter le texte intégral de la loi 69/99).
En mai 2011 naît l’institution Archives du Maroc. Son directeur est nommé : Monsieur Jamaâ Baida, enseignant-chercheur, grand spécialiste de l’histoire contemporaine, mondialement reconnu pour ses travaux.
Dès le  6 octobre 2011, il fait promulguer par le chef du Gouvernement une circulaire adressée à toutes les administrations publiques pour les inviter à prendre grand soin de leurs archives définitives, de les conserver dans des lieux spécialement dédiés à cet effet sous la responsabilité de professionnels qui seraient les interlocuteurs d’Archives du Maroc. D’autres décrets favorisant l’application de la loi sont en cours d’élaboration.
Archives du Maroc reçoit son premier budget de fonctionnement en 2012. Le 26 juin 2012, commencent les travaux de réaménagement de l’ancienne Bibliothèque générale, située à Rabat à côté de la Faculté des Sciences et des Lettres. Ces travaux, financés par l’Union européenne à hauteur de trois millions de dirhams, multiplient les capacités de stockage par 4 ou 5 et permettent d’intégrer dans les nouveaux locaux un atelier de traitement, une salle polyvalente, une salle de consultation (jusqu’à une quarantaine de visiteurs) et une salle d’exposition.
Le 10 juin 2013, les archives du Maroc sont ouvertes au public. A cette occasion, la Galerie des archives abrite une exposition dédiée à la ville de Rabat qui vient d’être consacrée par l’Unesco patrimoine de l’humanité.

La galerie des archives

La galerie des archives

Traitement des fonds

Traitement des fonds

La salle de consultation

La salle de consultation

Une fois le cadre législatif posé, les locaux aménagés et les financements reçus, les équipes de Monsieur Baida se sont retrouvées à la tête de trois fonds (2000 mètres linéaires). Le patrimoine archivistique marocain a subi de lourdes pertes mais il demeure riche.
Quels sont ces fonds ?
Le premier fonds est antérieur à 1912 (début de la colonisation française) et contient de nombreux documents relatifs à l’histoire du pays. Le second fonds, plus important que le précédent, contient les documents politiques, économiques, sociaux et urbanistiques relatifs à la période coloniale (1912-1956). Les Archives du Maroc sont en train de mettre en place des accords avec la France afin de permettre à tous les marocains de pouvoir consulter les documents de cette période conservés en nombre important à Paris ou à Nantes. Pour ce qui est des documents conservés en Espagne, rien n’a encore été entrepris. Le troisième fonds contient les documents de la période post coloniale. C’est un fonds peu fourni pour les raisons évoquées précédemment.
Pour ce qui est des archives publiques produites par des institutions privées, Archives du Maroc a mis en place une politique de sensibilisation auprès de ces institutions afin de récupérer les documents. Enfin, pour ce qui est des archives privées, Archives du Maroc est habilitée à les acquérir par achat, don, legs ou dépôt révocable et ce, afin d’enrichir les fonds publics.

La place Jamaa El Fna à Marrakech au début du XXème siècle 

La place Jamaa El Fna à Marrakech au début du XXème siècle

Le travail accompli en l’espace de moins de trois ans est donc remarquable ! Cependant, il est loin d’être terminé. Les défis que Monsieur Baida et son équipe de vingt quatre personnes (archivistes, historiens, in-formaticiens…) auront à relever sont nombreux. Quels sont-ils ?

Les défis à relever.

Le Royaume du Maroc souffre tout d’abord d’un manque de tradition et de culture archivistique, ce qui encourage les équipes en place à s’inspirer de l’expérience de pays voisins comme la France et la Tunisie. Ce travail, de longue haleine, constitue certainement le plus grand défi que la jeune institution aura à relever dans la prochaine décennie.

Plus classique mais non moins crucial est le manque de moyens financiers dont pâtit Archives du Maroc. Si la loi a été votée en 2007, les premiers fonds alloués à l’institution ne sont arrivés qu’en 2012… et « les moyens dont l’institution dispose actuellement sont très modestes. Ils sont même en inadéquation flagrante avec le statut d’un établissement consacré comme l’un des vingt établissements publics stratégiques du Royaume (…). Ceci dit, je ne désespère pas de voir demain une meilleure compréhension de la part des décideurs. » (J.Baida)
Il s’agit donc dans les années à venir de convaincre les décideurs comme le public de l’importance des archives dans le pays.

Autre problème souligné par Monsieur Baida, celui des locaux récemment mis à la disposition de la nouvelle institution. Ces derniers ne peuvent être considérés que comme transitoires ; les locaux de l’ancienne Bibliothèque ne sont pour Monsieur Baida qu’un « appartement témoin ». Le Ministère des Finances marocain vient d’accorder à Archives du Maroc un terrain de 4 hectares situé dans la zone de Technopolis à Rabat ; la construction d’un bâtiment neuf, entièrement consacré au tri, au classement, à la conservation et à la communication des archives, est à l’étude.
Enfin, Monsieur Baida souligne le déficit de personnel qu’il doit subir et qui ralentit considérablement l’avancée des projets. Ce déficit n’est pas uniquement occasionné par un manque de moyens financiers. Il s’explique en partie par le fait que les « informatistes »  (c’est à dire des lauréats de l'ESI-Ecole des Sciences de l'Information- qui ont reçu une formation générale en sciences de l'information, en archivistique etc. mais qui ne sont pas encore vraiment des "archivistes professionnels ») reçoivent une formation assez théorique. Ils doivent effectuer à la sortie de l’Ecole , et une fois recrutés par Archives du Maroc, de nombreux stages, au Maroc et à l’étranger, avant de devenir réellement opérationnels sur le terrain. De plus le métier d’archiviste n’est pas valorisé au Maroc. « Les archives sont souvent assimilées (…) à la punition du fonctionnaire ! Quand on envoie ce dernier aux archives, il est rare que cela soit équivalent à une promotion. Mais il est temps que cette conception erronée cesse. » (J.Baida)

Monsieur Baida sillonne le monde et donne de nombreuses interviews, dont vous trouvez ici des extraits, visant à faire connaître son institution, à poser en toute modestie et en toute intelligence les difficultés qu’il rencontre. Vous l’aurez compris à travers tous les propos cités dans cet article, Monsieur Baida est animé d’un optimisme, d’un courage et d’un dynamisme hors pair ! Fort de la liste des défis qui s’offrent à lui, il élabore chaque jour avec ses collaborateurs des projets et multiplie les initiatives !

Les projets mis en œuvre.

De très nombreux projets ont déjà été lancés par Archives du Maroc pour donner à cette jeune institution les moyens de ses ambitions. Ces projets s’articulent autour de trois objectifs : la mise en place d’une politique de promotion des archives et de l’institution nationale ; le lancement d’une politique d’organisation de la collecte nationale et de coopération avec les différentes administrations ; une amélioration de la formation des archivistes professionnels.

Pour ce qui est de la politique de promotion de l’institution, nous ne retiendrons que quatre exemples :

  • La célébration de la Journée Internationale des Archives en juin 2012 et en juin 2013.
  • La participation d’Archives du Maroc, aux côtés du Conseil National des Droits de l’Homme,  à la création d’une Maison d’histoire du Maroc :
    « une Maison de l’Histoire du Maroc est un projet ambitieux, une belle aventure dans laquelle doit prévaloir une approche scientifique loin de toutes interférences idéologiques, sans omettre de prendre en considération que le mot « Histoire », même au singulier, est en fait un pluriel. Cette Maison doit donc être celle de tous les marocains avec leurs différents pans culturels qui font la richesse de notre patrimoine, un patrimoine ouvert sur son environnement régional et sur le monde. » (J.Baida)
  • L’organisation de deux jours de colloque international les 30 novembre et 1er décembre 2012 sur le thème : « Gestion des archives courantes et intermédiaires au Maroc : quelle stratégie ? ».
    Au nombre des intervenants figurent Jamaâ Baida, Directeur des Archives du Maroc, Chaker Ghariani, enseignant universitaire à l’Institut supérieur de documentation-Université de La Manouba en Tunisie, Amable Sablon du Corail, chef du bureau des missions du Service Interministériel des Archives de France et André Gareau, directeur du service des archives et de la gestion des documents à l’Université de Québec à Montréal, Canada.
    La première journée, qui s’est déroulée en séance publique au siège de l’Ecole des Sciences de l’Information (ESI), a été consacrée à un échange d’expériences entre professionnels nationaux et internationaux en matière de gestion des archives. Elle a permis de réfléchir à un «système national de gestion des archives» normalisé sur la base de standards et de programmes de gestion préétablis, applicables à tous les établissements et administrations publics, les collectivités locales, les entreprises publiques, ainsi que tous les organismes privés chargés de la gestion d’un service public.
    Quant à la deuxième rencontre, qui s’est tenue sous forme de table ronde d’experts marocains et étrangers, elle a été organisée, à huis clos, au siège des Archives du Maroc dans l’objectif de lancer les premiers jalons d’une stratégie unique, rigoureuse et efficace de gestion des archives courantes et intermédiaires.
  • L’instauration d’une Journée Nationale des Archives au Maroc le 30 novembre de chaque année (date anniversaire de la promulgation de la loi marocaine relative aux archives).
    Elle sera donc célébrée à Rabat officiellement, pour la première fois, le 30 novembre 2013 sous le thème : «  Archives : Patrimoine, Modernité et Démocratie ». Cinq personnalités ont déjà confirmé leur présence à Rabat pour cet événement : le Directeur général des Archives de France ( Mr. Hervé Lemoine), le Directeur des Archives diplomatiques de France ( Mr. Richard Boidin), le Directeur des Archives Nationales du Québec ( Mr. Normand Charbonneau), le directeur des Archives Nationale de Tunisie ( Mr. Hédi Jellab), la Directrice des Archives du Sénégal ( Mme Fatoumata Cisse Diarra).

Pour ce qui est de la politique d’organisation de la collecte et le développement d’une collaboration étroite entre Archives du Maroc et les différentes administrations marocaines, citons deux exemples :

  • La création à venir d’un Conseil national des archives. Il serait présidé par le chef du gouvernement et chaque ministère y serait représenté. Ce Conseil permettrait de garantir la bonne conservation des archives et de maitriser toute la chaîne archivistique.
  • Un état des lieux des archives au Maroc dans les différentes administrations va être réalisé.

Les mots de la fin reviennent à Monsieur Baida.
Monsieur Baida, Directeur d'Archives du Maroc

Monsieur Baida, Directeur d'Archives du Maroc

« Ces événements interpellent toutes les générations, indique M. Baida. La citoyenneté se cultive aussi par ce biais car une mémoire riche est un des ses fondements. Sans archives aussi complètes que possible, on a de notre histoire une vision tronquée et pauvre. Les archives permettent aussi de résister au risque de folklorisation qui affadit et ruine la mémoire collective, elles donneront toujours la possibilité de réhabiliter la réalité et la richesse de l'histoire et de la culture à l'échelle nationale et régionale ».

« Un patrimoine archivistique riche et bien géré est un élément indissociable d’un pays qui se veut moderne et d’un Etat démocratique et de droit où l’archive garantit la transparence et la preuve. »

« Comme il n’est jamais trop tard pour bien faire, mobilisons les énergies de toutes les bonnes volontés, et il y en a, et rattrapons ensemble le temps perdu ! »

Statistiques (1er janvier-30 septembre 2013)

Le nombre de visites sur le PIAF a augmenté de manière très significative cette année avec un écart à la hausse de 12% par rapport à la même période en 2012 (99 606 visiteurs différents entre le 1er janvier et le 19 septembre 2013).

La durée moyenne des visites a légèrement baissé, passant de 4 minutes en 2012 à 3 minutes 40 en 2013. Nous voyons dans cette baisse deux raisons, toutes deux liées à une transformation de l’utilisation qui est faite du PIAF aujourd’hui. D’une part, les utilisateurs connaissent mieux le PIAF et trouvent plus rapidement l’information requise. D’autre part, la mise en service des contenus pédagogiques au format PDF permet de télécharger rapidement les modules de cours sans rester connecté longtemps. 34, 4 % des visiteurs passent plus de  3 minutes sur le portail et 6,2 % entre 30 minutes et plus d’une heure.  Le portail PIAF confirme là son identité d’un lieu de formation et de documentation.

Pour ce qui est du classement des pays qui se connectent le plus, quelques changements cette année. Si la France et le Canada restent en tête, la Côte d’Ivoire passe de la 4ème à la 3ème place, suivie du Maroc, de l’Algérie, du Cameroun, du Sénégal, de la Belgique, de la Tunisie et de la Suisse.

La communauté des piafnautes est la nouveauté de l’année 2013. Le stage international a favorisé son émergence. La communauté est devenue un réseau social comptant 735 membres répartis sur 48 groupes et ayant produit 1,1 Go de données.   

Enfin, le nombre d’internautes utilisant un Smartphone ou une tablette a doublé, passant de 2% en 2012 à 4,15% en 2013. Le comité de pilotage du PIAF a donc décidé de créer assez rapidement une interface du Portail dédiée aux Smartphones et tablettes. 

Merci à tous ceux qui font, qui utilisent et qui financent le PIAF !

Caroline Becker, webmestre du PIAF.

Comment adhérer et contribuer ?

  • par vos contributions aux différents modules. Si vous souhaitez apporter des contributions au Portail ou faire part d’informations qui vous paraissent importantes, vous pouvez remplir les formulaires dédiés à cet effet sur la page d’accueil du portail. N’hésitez pas !   
  • par votre aide financière (adhésion à l’ AIAF). Votre adhésion à l’Association Internationale des Archivistes Francophones permettra d’assurer la pérennité du Portail ! Pour cotiser, rendez vous au http://www.aiaf.org/adhesion.htm   
  • en vous inscrivant à un groupe de travail sur un thème donné dans l’espace « E-Professionnel ». Vous pouvez contacter le webmestre Caroline Becker pour prendre connaissance des travaux en cours et vous inscrire.

Portail international archivistique francophone - © aiaf
Comité de pilotage : Didier Grange; Marcel Caya; Ibrahima Lo; Anne-Marie Bruleaux; Elisabeth Gautier Desvaux; Basma Shabou Makhlouf ; Hélène Cadieux ; Mathieu Stoll. Publication : Caroline Becker. Maquette : Eric Ferrante