Dès ses origines, le Portail International des Archives
Francophones ou "PIAF" s'est donné comme premier objectif de
combler une lacune dans le domaine prioritaire de la formation
professionnelle continue des archivistes français et
francophones, en particulier de ceux qui sont isolés dans leur
institution ou qui n'ont pas bénéficié de
formation initiale aux métiers et aux techniques des archives.
C’est pourquoi au sein du "PIAF" le Volet Formation a
toujours été considéré comme le plus important et le plus
urgent.
Il est constitué de 15 modules totalisant environ 200 heures
d’enseignement, de nombreuses illustrations, exercices et
études de cas : c’est au total plus de 3000 écrans de cours et
400 écrans d’approfondissement. L’ensemble du volet déroule
tous les aspects de la science archivistique des notions et
définitions générales aux aspects juridiques, techniques et
matériels sans omettre les tâches scientifiques de sélection,
classement et inventaire des archives et les tâches éducatives
et culturelles. Le lecteur aura tout avantage à le découvrir à
l’adresse Internet qui figure en bas de cet article.
D’autres objectifs se sont greffés sur
l’idée initiale de modules de formation en ligne et interactifs
: il s’agit de la mise en ligne de la littérature archivistique
de base, de références bibliographiques, d’outils
terminologiques, d’éléments d’information sur les formations,
les lieux de recherche et les stages en archivistique. C’est
l’objet du second volet du PIAF : le Volet Se Documenter.
Enfin, il a semblé utile de prévoir un troisième volet
d’échanges professionnels pour tous les archivistes du monde de
la francophonie : ce sera à terme le volet Forum professionnel,
si toutefois la nécessité s’en fait sentir, tant le nombre de
forums professionnels est désormais important.
Les deux premiers volets sont désormais achevés dans leur
première version et en ligne : le premier depuis novembre 2005,
le deuxième depuis juillet 2006. L’ensemble du Portail sera en
perpétuelle évolution et ne sera donc jamais vraiment
achevé.
Quelques informations sur la genèse de ce qui est désormais un
outil commun à toute une communauté unie autour de la langue
française ne seront pas inutiles.
A l'origine de ce projet, on rencontre une certaine irritation
devant l’effacement de l’archivistique francophone au sein du
CIA, effacement ressenti très fortement lors de la CITRA (Conférence internationale de la table ronde des Archives) de
Stockholm à l’automne de 1998. On parlait beaucoup à cette
époque d'un projet de formation à l’archivistique financé par
le PNUD pour 1 million de dollars US et destiné à éditer des
brochures de formation pour les archivistes des pays en voie de
développement. Initialement le projet visait l’édition en 3
langues : anglais, français et espagnol. Finalement confié en
exclusivité par le Conseil International des Archives à l’IRMT
(International Records Management Trust) il aboutit à la
conception et la diffusion d’un produit strictement anglophone,
mis au point au sein de cette communauté, principalement à
destination des pays partageant cette langue et cette culture.
Ce projet intitulé "Managing Public Sector Records"
comportait à l’époque une petite vingtaine de brochures, des
vidéo-cassettes et un CD-Rom.
Les autres communautés étaient en
l’occurrence oubliées : d'où la "révolte" des archivistes
français, canadiens et plus largement francophones. J’étais
présent à cette CITRA de 1998 et quelque peu étonné de la
perte subite d’influence du français au sein du CIA (Conseil
international des archives).
On nous proposa lors des discussions de
Stockholm, de faire traduire – à nos frais – ces modules de
formation…puis de les adapter à notre contexte, pour pouvoir
les diffuser dans notre langue. Cela fut engagé pour quelques
modules avec l’aide de la BIEF et de l’AAF (Association des
Archivistes Français). Le résultat n’était pas et ne pouvait
pas être convaincant. A l’occasion d’une réunion convoquée par
le secrétaire général du CIA à Paris, le 25 janvier 2000, je
proposai donc de renoncer à cette adaptation au demeurant fort
coûteuse et de s’engager dans un projet d’un autre ordre :
concevoir un produit francophone multiculturel et coopératif,
ce qui fut accepté par les personnes présentes et vivement
soutenu par Moncef Fakh-fakh, Directeur des Archives de
Tunisie. Mais restait la question cruciale du financement :
c’est alors que la bonne solution consista à trouver un “
porteur ” de projet susceptible de recevoir des financements.
Ce ne pouvait être qu’une association. Il en existait une,
l’AIAF (Association Internationale des Archives Francophones),
coquille un peu vide et en panne de projets justement, mais
dont le mérite était de nous rassembler tous au-delà des mers
et des océans, et de nos différences. Aucune administration
nationale ne pouvant recevoir directement de subvention des
autres, ni être un interlocuteur valable pour des organisations
intergouvernementales comme la Francophonie, l’option du
recours à l’AIAF, présidée par notre collègue tunisien M
Fakh-Fakh, se matérialisa au cours de l’année 2001.
Cet historique un peu long était nécessaire pour expliciter les
origines et la genèse de ce grand projet collectif, pris
en mains aujourd’hui par de très nombreuse personnes et
institutions. Dans cet esprit, il faut insister sur le rôle
moteur de la Direction des Archives de France, où le projet fut
porté par Jean Le Pottier et moi-même; du CIA avec
l’investissement du Secrétaire général-adjoint Marcel Caya et
des Archives nationales de Tunisie, dont le Directeur Moncef
Fakh-Fakh était, heureux hasard, en même temps Président de
l’AIAF. Sans oublier le rôle joué par d’autres amis et
collègues comme Suzanne Richer, responsable de la BIEF à cette
époque pionnière.
La réunion véritablement fondatrice fut celle de Paris les 4 et
5 octobre 2001, à laquelle assista pour la première fois, le
Directeur de l’INTIF (Institut des Nouvelles Technologies
Francophone), Pietro Sicuro. Son engagement personnel ainsi que
la décision de soutenir ce grand projet au sein de l’Agence
intergouvernementale de la Francophonie et de l’INTIF par des
dotations généreuses nous a permis de concrétiser ce rêve. Il a
incité judicieusement les partenaires à se retourner vers leur
gouvernement respectif pour qu’ils financent très
confortablement la réalisation d’un portail sur Internet à
travers les programmes de l’Agence intergouvernementale de la
Francophonie. Le rôle personnel de Martine de Boisdeffre et de
Christoph Graf pour obtenir des subventions des deux
gouvernements ne peut être passé sous silence. L'engagement des
administrations nationales des Archives suisses, françaises,
québécoises, tunisiennes et canadiennes fut et reste
déterminant.
Le séminaire de Tunis, du 25 au 28 février 2002, fut à coup sûr
la première conséquence positive des encouragement - et des
financements - obtenus de l’INTIF. Pour la première fois,
tous les partenaires et surtout les auteurs pressentis se
retrouvaient réunis pour 3 journées de travail, destinées à
définir le projet dans toutes ses composantes. C'est à Tunis
que s’est imposée et concrétisée l’idée des 3 volets
(formation, enseignement et recherche et forum professionnel).
Le plan du volet "formation" a été adopté lors de ce
séminaire fondateur . Pour sa coordination, le choix
d’une archiviste française ayant vécu et
travaillé au Maroc s’est révélé particulièrement judicieux et
fécond : il s’agit de Marie-Edith Brejon de Lavergnée. Les
méthodologies de l’enseignement à distance pratiqué tant à
l’Université de Toulouse qu’à celle de Dakar ont été mises à
profit. Certains choix techniques en découlèrent : ils se
trouvent validés aujourd’hui par la réalisation même de notre
portail. La coopération active de l’Université de Toulouse sur
le plan technique a été un indéniable facteur de succès. Le
mérite en revient à Eric Castex et son collaborateur Eric
Ferrante, confortés dans leur travail par les informaticiens
des différents pays impliqués dans le projet.
La mise en œuvre a été plus longue que prévue : c’est la loi du
genre. Néanmoins, un prototype a été présenté à Vienne au
Congrès international des archives en août 2004 et le Portail
fut inauguré à Tunis, à l’occasion du Sommet mondial de la
Société de l’information le 17 novembre 2005. Depuis lors en
juillet 2006, le deuxième volet Se documenter a été mis en
ligne à son tour dans sa première version.
Au total le budget de l’opération pour les 4 années de
conception, de création, de développement informatique et de
mise en service, entre 2002 et 2006, est environ de
600000 Euros : ce qui n’est pas si mal. Un budget annuel,
certes modeste mais indispensable, de fonctionnement assurera
la vie et la pérennité de ce beau produit issu des nouvelles
technologies de l'information. L'organisation matérielle et
financière a entièrement reposé sur les épaules de la
secrétaire trésorière de l’AIAF, Directrice des Archives
nationales du Québec, Mme Sylvie Lemieux, assistée de Jean
Pierre Therrien et maintenant sur celles de son successeur
Carol Couture.
L’avenir du portail sera assuré par la participation active des
grandes institutions nationales d’archives des pays de la
Francophonie, des Associations professionnelles d’archivistes
et des organismes de formation en archives, en particulier des
Universités et des Ecoles d’archives. C’est la phase de
développement qui se déroule en ce moment.
Le succès viendra des réactions encourageantes ou non des
archivistes en poste et des étudiants en archivistique qui en
sont les premiers usagers. Les statistiques de consultation
jusqu’à ce jour sont très encourageantes.
La morale à retirer d'un projet coopératif de cette importance
est que Nord et Sud y contribuent quasiment à égalité en terme
d'apports archivistiques si ce n'est de financement et qu'ils
en retireront bénéfice tous les deux, car les archivistes ont
les même besoins de formation et de culture professionnelle
dans les deux zones.
Gérard ERMISSE
Président de l’AIAF