Pour une théorie du document (André Tricot)

La plupart d’entre nous manipulent chaque jour des documents en s’intéressant au contenu sans véritablement se questionner sur les différentes significations du format. La médiation n’est pas neutre, et les règles qui entourent la constitution d’un type de document sont riches en histoire. Disons d’abord que sa production est toujours située dans un contexte, culturel et organisationnel. Un excellent livre vient de paraitre sur le sujet : Le document : communication et mémoire aux éditions de Boeck. J’ai eu la chance de m’entretenir avec son auteur, André Tricot.

J-D. Votre récent ouvrage propose une tentative pour construire une théorie unifiée autour de la notion de document. On a fréquemment souligné la difficulté d’une telle approche en dénotant qu’il existe une infinité de formes et d’utilisations reliées au document. Êtes-vous arrivé à définir ce qui caractérise ce type de présentation de l’information?

A-T. Oui je pense que nous y sommes parvenus. Mais le principal point de vue défendu par notre ouvrage consiste à prétendre que le plus important pour comprendre les documents, ce n’est pas tellement de savoir ce qu’ils sont, mais de savoir à quoi ils servent. Pour leur caractérisation, nous nous sommes inscrits dans la filiation de Suzanne Briet, ainsi que de la façon dont elle a été reprise par Michael Buckland, c’est-à-dire en considérant que les inscriptions, les signes, ne caractérisent pas le document.

« Un document est un objet qui porte des inscriptions ou non, qui a été conçu comme un document et qui est perçu comme tel : il porte une intention communicative et une intention mnésique qui sont reconnues comme telles par les usagers du document (p.17) ».

Il constitue donc un outil pour communiquer et pour mémoriser, qui réduit les contraintes temporelles et spatiales pesant habituellement sur la communication et la mémoire humaines. À ce double titre, il peut servir de preuve. Le document est un objet transportable ou non : parfois c’est à l’humain de se déplacer pour le consulter. Il se caractérise notamment par son accès, les canaux sensoriels qu’il mobilise, les codes utilisés, sa mise en forme, sa dynamique, son genre, sa structure et son support.

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