2- La danse comme composante du patrimoine culturel immatériel (PCI) par Bénédicte Grailles
Bénédicte Grailles est maîtresse de conférences en archivistique et directrice du master Archives à l’université d’Angers depuis 2004. Ses recherches portent sur les pratiques professionnelles et spontanées développées autour des archives, sur l’émergence de patrimoines archivistiques sociaux et militants et sur les usages du matériau archivistique comme espace de construction des individualités et de fabrication sociale des individus et des groupes.
Le PCI est une catégorie patrimoniale créé par l’Unesco en 2003 dans le but de sauvegarder des savoirs et cultures portés et transmis par des communautés, groupes ou individus.

Figure 3: Cartographie du PCI proposé par l'Unesco
(source : https://ich.unesco.org/fr, en date du 21 avril 2026).
La consultation de la cartographie en ligne [fig. 3 ; https://ich.unesco.org/fr/plongez, en jaune] montre que les danses font aujourd’hui partie des pratiques les plus protégées par ce label, avec 287 éléments dans 125 pays comme le Kankurang au Sénégal, le Zaouli de Côte d’Ivoire, la Taskiwin du Maroc, le Hiragasy à Madagascar, le gwoka en France (Guadeloupe), la procession dansante d’Echternach au Luxembourg ou l’art de la danse xòe du peuple tai au Viet Nam parmi beaucoup d’autres. Outre les listes internationales portées par l’Unesco, de nombreuses danses sont également inscrites aux inventaires nationaux.
Si la catégorisation comme PCI ne constitue pas en soi un archivage, la démarche se traduit par le repérage et la constitution d’archives, composantes essentielles du dossier de candidature. En effet, celui-ci suppose d’identifier la « documentation » en appui de la demande. Elle inclut les fonds d’archives personnelles ou institutionnelles, les archives audiovisuelles, les archives orales déjà existantes, mais aussi la consignation de nouvelles traces documentaires (récits, entretiens, captations par exemple). Le dossier identifie également personnes et organisations impliquées dans la transmission et propose un historique de la pratique. De fait, ce dossier PCI n’est pas qu’un dossier documentaire et une synthèse sur un savoir. Il constitue un vrai travail d’investigation et s’apparente à la fois à un guide des fonds et à des données de recherche.
L’inscription en 2012 du Fest-Noz breton (France) sur la liste de l’Unesco est un exemple parmi d’autres du lien entre pratique vivante et archivage de cette pratique1. Le Fest-Noz est un rassemblement festif intégrant danses et musiques traditionnelles. Grâce aux captations, archives sonores, audiovisuelles et orales, cette pratique a pu être documentée, des témoignages durables conservés, afin de pallier d’éventuelles ruptures dans la transmission. Le dossier a été défendu par une association, Dastum [https://www.dastum.bzh/], qui a accumulé, en près de cinquante ans d’existence, plus de 8 000 heures d’enregistrement, contextualisées par une base de données précises et inscrites dans une vraie politique d’archivage et de diffusion. Ces fonds ont vocation à contribuer à la formation des interprètes mais aussi à nourrir des créations contemporaines. Les cercles celtiques et les écoles de danse utilisent notamment les archives audiovisuelles pour retrouver des pas, revenir à des styles jugés plus authentiques, éviter une fossilisation en réinjectant ces savoirs dans la pratique vivante même si le risque de normalisation ne peut être totalement exclu.
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Pasdeloup, M. (2015). Les archives, supports du patrimoine culturel immatériel ? Fest-Noz breton, labellisation Unesco et conservation des traces (2003-2012), master Archives, université d’Angers.
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